À l’extérieur
Il s’agit de l’ancienne piévanie d’Aregno. L’édifice religieux est de plan allongé à nef unique de 16,60 m x 6,30 m qui se termine par une abside semi-circulaire à l’est. Les façades sont caractérisées par un jeu aléatoire de pierres polychromes parfaitement calibrées, taillées, bien appareillées et assisées, de nature et de provenance diverses. Parmi ces pierres, dominent des granites blancs, gris, beiges, à grain fin et moyen, plus ou moins altérés par endroits. Des roches sombres, noirâtres à grains très fins à moyens, avec des minéraux noirs ont été également utilisées. Ce sont des roches basiques de type gabbros et/ou dolérites. La charpente est récente (restauration en 2013) et porte une couverture en tuiles creuses, tandis que l’abside voûtée a conservé sa couverture en lauzes (schistes très sombres). Son décor est particulièrement remarquable du fait de nombreux éléments sculptés.
L’élévation antérieure est rythmée par trois personnages humains sculptés en ronde-bosse. On peut remarquer sur le fronton, un personnage extrayant une épine de son pied gauche. Plus bas, encadrant l’arc en plein cintre de la porte d’entrée, sont représentés, à droite, un homme nu tenant un rouleau dans ses mains qui reposent sur ses cuisses et, à gauche, une femme vêtue d’une longue robe, les mains sur les hanches.
Au centre du fronton, on reconnaît une fenêtre à baie géminée séparée par une colonnette et surmonté d’un arc mouluré au tympan décoré de serpents entrelacés.
L’étage intermédiaire se compose d’un oculus orné matérialisant une parfaite symétrie avec quatre arcatures dont le rendu décoratif diffère. À leur base, cinq reliefs zoomorphes en haut relief : quadrupèdes, taureau bondissant, fauve dévorant une proie. Au centre des arcatures, on observe de larges cupules destinées à recevoir des bols de céramique polychrome (i bacini).
L’ensemble du monument est orné sur sa partie supérieure d’arcatures aveugles en plein cintre sous la toiture. Elles reposent sur des modillons au décor sculpté composé de représentations géométriques (losange, croix encerclée, damier, labyrinthe), phytomorphes (couronne tressée, fleurs stylisées), zoomorphes (tête d’ours, de bovidés, de bélier, d’oiseau, triton bifide, quadrupède) et anthropomorphes (tête d’humains), la plupart du temps sculptées en méplat, bas-relief ou haut-relief.
L’abside offre une ornementation de même type : arcatures aveugles successives, modillons à la décoration plus simple.
À l’intérieur
À l’intérieur, les parois, partiellement dépourvues d’enduit, sont décorées des peintures monumentales réalisées sur enduit a fresco datant de 1458 figurant les Docteurs de l’Eglise (saint Augustin, saint Grégoire, saint Jérôme et saint Ambroise), tenant tous les quatre une Bible sur leurs genoux. Les Quatre Docteurs, nimbés, sont assis côte à côte, sur une longue banquette recouverte d’un tissu drapé. Les personnages sont assis, le dos bien droit, les têtes de trois quarts droit pour les deux premiers, de face pour saint Jérôme, de trois quarts gauche pour saint Ambroise. Leurs manteaux les recouvrent entièrement, ne laissant dépasser que la pointe des chaussures. Le panneau (dimension : 185 x 375 cm) est daté 1458 et dédicacé. Cette date, le 17 mai 1458, et le nom du donateur, Ghilardo di Manovello (Ghilardus Manuellis) de Sant’Antonino, une localité toute proche dominant Aregno, nous ont permis de retrouver le père de ce caporal de Balagne dans des documents d’archives à Gênes.
La bordure d’encadrement, visible à la partie supérieure, est un chevron rayé ocre-rouge et blanc serti de noir. La partie inférieure du panneau mentionne la date et la dédicace : HOC OPUS . FECIT. FIERI . GHILARDUS . MANUELLIS . DE. SCT. ANTONINO. MCCCCLVIII. DIE XVII MADII.
A la partie médiane, au-dessous et à gauche de ce panneau, est représenté saint Michel et sa double symbolique : le dragon et la balance, daté de 1448 ou 1449. La dédicace est partiellement effacée (dimensions : 165 x 195 cm). Ce panneau inférieur est encadré par une bordure à festons ocre rouge, vert, noir et blanc. L’archange nimbé est jeune, porte les cheveux bouclés, vêtu d’une cuirasse à la romaine, les épaules recouvertes d’une longue cape ocre rose qui paraît flotter, et porte des genouillères damasquinées. Deux grandes ailes ocre rouge remplissent les quarts supérieurs droit et gauche du panneau. Il piétine un dragon à visage humain, aux ailes de chauve-souris, et pointe sur son cou une épée qu’il tient dans sa main droite. De sa main gauche il soulève la balance qui pèse les âmes. Le plateau inférieur, sur lequel est inscrit : ANI (m)A DI (missa) penche vers la gueule du dragon qui tire à lui, de ses deux mains griffues, le plateau d’où tombe à la renverse un être minuscule.
Dans le plateau supérieur, le Juste est agenouillé, mains jointes, le visage levé vers l’archange. Le rebord porte l’inscription : IVSTA ANIMA. Les deux inscriptions sont aujourd’hui difficilement lisibles. La gamme chromatique est variée, passant du vert clair à l’ocre brun. Le fond est uni, et divisé en deux bandes horizontales qui révèlent les giornate de travail. Ces deux panneaux portent le message franciscain propre à la fin du Moyen Âge occidental, un message d’espoir et de pardon.