Contexte historique de la construction des tours littorales
La tour de La Parata fait partie d’un réseau de tours littorales construites à l’initiative de l’Office de Saint-Georges et qui encerclent la Corse. Ces constructions font écho au mouvement d’insécurité qui règne en Méditerranée suite au phénomène politique qui sévit depuis le début du XVIe siècle après la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. En 1522, par la Prise de Rhodes, les Turcs accèdent à la Méditerranée occidentale et se retrouvent en contact direct avec les îles de Chypre, Malte, la Sicile, la Sardaigne et la Corse. Ces îles représentent des opportunités de refuges lors des grandes traversées et font essentiellement l’objet de pillages et de razzias. La Corse va donc servir de grenier, de ravitaillement et de halte incontournable aux Turcs lors de leurs périples. La République de Gênes développe quant à elle une stratégie d’expansion commerciale sur divers comptoirs littoraux. Les attaques régulières de la Corse dès 1525 vont occasionner une situation de crise dénoncée par le gouverneur de Corse. Ainsi, les attaques de bateaux sur la mer tyrrhénienne se répandent progressivement aux marines du littoral pour finalement envahir les terres. Dès 1530, la Corse met en place une nouvelle stratégie de défense : la construction de tours littorales. La tour des Sanguinaires s’inscrit dans ce schéma. Sa construction débute en 1551 et est achevée en 1552. Elle fait partie des premières tours finalisées.
Caractéristiques architecturales de la tour de La Parata
La tour de La Parata est de plan circulaire. Cette tour dite « de terre » porte ce nom en opposition à la tour « de mer » et à celle de Castelluccia (1590), remplacée par le phare au XIXe siècle, qui se trouvent sur l’île de Mezzu Mare. Elle est construite par Giacomo Lombardo, chef maçon génois, qui utilise les matériaux locaux : diorite sombre à amphiboles et granite. Son glacis est faiblement taluté et ceinturé par un cordon de briques. Son fût est couronné d’un parapet sur mâchicoulis en encorbellement. La tour est entièrement recouverte d’un enduit renforcé par un badigeon épais blanc cassé. D’une hauteur conservée de 12,50 m à 14,50 m, la tour se divise en un rez-de-chaussée avec citerne en eau et de deux étages sous voûte avec enduits. La porte d’accès est à l’étage, au-dessus du cordon en briques, dont l’accès se fait avec une échelle. On entre dans la salle de garde ou de vie où se trouvent une canonnière, un placard, une large cheminée. Le second étage peut être une salle de vie ou une chambre qui permet d’accéder à la terrasse. On y observe deux fenêtres en opposé, un placard et une cheminée. La terrasse est percée de plusieurs excavations : cheminée, rampe, avaloir pour la citerne.
Rôle défensif et garnison de la tour de La Parata
Cette tour fait partie d’un ensemble destiné à la protection du golfe d’Ajaccio et la citadelle d’Ajaccio : Sanguinare di mare (1590), Cantongrosso (1560), Aspretto (1582), Capitello (1552), l’Isolella (1597-1598), La Castagna (1587). Toutes ces tours ont un capo et de deux à cinq soldats. Les capi reçoivent de 15 à 19 lires et les soldats 11 lires.
Historique de la garnison et état de la tour
En 1617, la tour compte une garnison d’un chef et de deux soldats. En 1649, le chef de la tour Agostino Ansaldo souligne l’état d’extrême dénuement de la tour, très abîmée et par ailleurs mal armée.