Statue-menhir de Tavera

Statue-menhir attribuée à l’Âge du Bronze moyen ou final (seconde moitié du IIe millénaire)

Commune

Tavera – Tavera
(Corse-du-Sud)

À savoir

Propriétaire

Communauté de communes du Celavu Prunelli

Lieu-Dit

Col de Tagliafarro

Emplacement actuel

A proximité d’une maisonnette à mi-pente du col de Tagliafarro. Déplacement en août 1962.

Localisation

X : 1195.910
Y : 6126.546
Z : 423 m

Hiérarchie et date de protection

Inscription au titre des Monuments Historiques le 21 décembre 2011 (statue-menhir et son terrain d’assiette)

Domaine

Site archéologique, menhir

Mots clés

Sources

  • Grosjean 1962 : GROSJEAN R., Etudes préhistoriques de la Corse, Bulletin de la société des sciences historiques et naturelles, n° 562, 1962, p. 8-18.
  • Grosjean 1963 : GROSJEAN R., La statue-menhir de Tavera (Corse), Bulletin de la Société préhistorique de France, tome 60, n° 7-8, p. 418-423
  • Lamotte 1961 : LAMOTTE P., Une nouvelle statue-menhir découverte sur le territoire de Tavera, Corse historique, 2, 1961, p. 23-25.
  • Paolini-Saez et Villat à paraître : PAOLINI-SAEZ H. et VILLAT X., La statue-menhir de Tavera : résultats d’un nouvel examen, Colloque de l’APRAB, 14-17 octobre 2020, Porticcio.
  • Polacci 1981 : POLACCI D., Promenades archéologiques dans la haute vallée de la Gravona. Carbuccia, 69 p.
  • https://www.youtube.com/watch?v=I3p9SslLOc8
  • https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA2A000008

Connue depuis longtemps par la population locale et les bergers qui l’appelaient a santa (la sainte), la statue-menhir de Tavera fut inventoriée par Pierre Lamotte en 1961, alors conservateur des archives départementales de Corse-du-Sud. Elle se trouvait sur le col de Tagliafarro à 400 m d’altitude entre la pointe du Castello au nord-est et la pointe de Muraffia au sud-ouest. Le col domine la vallée de la Gravona vers le nord-ouest, en rive gauche du fleuve, et en contrôle l’accès ; il permet d’accéder aux petites vallées orientales et méridionales au relief plus adouci, drainées par les ruisseaux de Mela et Castellu.

Elle était couchée, presque enterrée, dans le pavement d’une aire de battage à blé et seule une faible surface latérale sortait du sol. La face reposait contre terre et était orientée vers l’ouest, vers le golfe d’Ajaccio. Après avoir redressé le monument, Roger Grosjean réalise un sondage en juillet 1961. Le mobilier archéologique est homogène et offre un contexte archéologique pré- protohistorique permettant de penser que la statue-menhir était dans son environnement originel.

L’état de conservation au moment de la découverte est excellent. La statue-menhir de Tavera interpelle notamment par la régularité des traits du visage. Seules l’oreille droite et l’épaule gauche sont détériorées.

D’une hauteur totale de 2,42 m, les proportions en font un monument élancé et bien proportionné. La  section  est rectangulaire ; les angles sont arrondis dans la partie supérieure et plus ou moins circulaires dans la partie inférieure. Le corps, sculpté en ronde bosse, est un fût rectiligne qui se rétrécit vers la base. Il n’y a pas de détails vestimentaires ou armés. On reconnaît quelques détails anatomiques : les épaules saillantes reliées par la ligne claviculaire sous la forme d’un arc de cercle en relief, le cou puis la tête. La face postérieure est marquée par la colonne vertébrale traitée en creux dans le dos, les épaules en relief, la nuque légèrement bombée. La tête arrondie, mais dont la face est plate voire légèrement concave, a un front bombé et un menton « en galoche ». Elle est particulièrement soignée, riche de détails et traitée d’une manière très réaliste. Les oreilles sont saillantes, le bloc nez-arcade en relief, les yeux rapprochés en creux, la bouche fermée est figurée par une courte gravure peu marquée. L’arrière de la tête, y compris la nuque, est caractérisé au moment de la découverte par une gravure curviligne à l’intérieur de laquelle s’enchevêtrent des croisillons également gravés. Ce rendu évoquerait une chevelure ou une résille. Le modèle 3D dévoilent des traces d’enlèvement sur tout le pourtour de la tête sous la forme d’un sillon du sommet du visage jusqu’au cou. Ce sillon renvoie peut être à l’emplacement d’une coiffe en tissu ou en végétaux pour la maintenir sur le sommet du visage, coincée dans ces stigmates et sillons.

Ces éléments anatomiques donnent à la statue-menhir de Tavera une silhouette très expressive, bien proportionnée dont le traitement très soigné en fait une des plus belles de l’île. Le modèle 3D a révélé un petit détail anatomique au niveau du torse. Deux petits creux apparaissent au niveau de la poitrine et pourrait correspondre aux tétons des pectoraux. Le creusement n’est pas régulier mais l’axe horizontal est respecté.

La statue-menhir est faite en granite microgrenu dont l’origine pourrait être recherchée à 5 km en aval près des villages d’Ucciani et de Vero.

Les fouilles conduites depuis 2014 sur l’éperon situé à 400 m à vol d’oiseau vers le nord ont dévoilé la présence d’un habitat perché et organisé en plusieurs terrasses délimitées par des murs constitués de blocs cyclopéens. Ces terrassements ont accueilli des habitations dont les plus anciennes remontent à l’Âge du bronze moyen et les plus récentes au second âge du Fer. Elles sont donc en partie contemporaines de la statue-menhir.