La chapelle Saint-Michel est la piévanie supposée de Bevinco. Qualifiée d’une des plus belles églises de Corse par Prosper Mérimée en 1840, elle s’apparente à la Trinité d’Aregno. Elle est de plan allongé, formée d’une nef unique de 14,34 m x 5,54 m, couverte d’une charpente et prolongée par une abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four. Elle se distingue par son jeu de polychromie remarquable alternant entre le blanc du calcaire de Saint Florent et les roches vertes de serpentine (chloritite) de la vallée de Bevinco. Le bas de l’édifice s’organise en damier et en bandes horizontales en hauteur tandis que les éléments architecturaux tels que les modillons, les bandeaux, les linteaux s’ordonnent de façon plus aléatoire.
La façade occidentale est caractérisée par un clocher-porche soutenu par deux colonnes cylindriques et relié à la façade par deux consoles dont les chapiteaux sont décorés de spirales. Il a été surélevé à la fin du XIXe siècle avec des pierres ornées d’éléments décoratifs en remploi (quadrupède, poisson). Nous remarquons sur la façade trois arches dont les retombées sont ornées de quadrupèdes et de deux personnages en haut relief : un personnage muni d’un bâton et un personnage vêtu d’une robe longue. Le linteau de la porte est orné de deux paons affrontés mis en scène avec un personnage qui leur tenait les pattes (restauré en 2012).
Le mur sud est caractérisé, comme tout le pourtour de l’édifice, d’arcatures aveugles reposant sur des modillons sculptés en haut-relief figurant des motifs de typologie varié (zoomorphes, géométriques, phytomorphes, anthropomorphes). On y observe également les traces d’un cadran solaire.
Parmi les motifs ornementaux, il faut mentionner la présence de nombreuses représentations originales comme les rinceaux, les guillochis et entrelacs, jeux de cercles avec figures humaines, thème de l’ange et du vendangeur, phallus. D’autres thèmes comme le parchemin, l’épée et le couteau renvoient sans doute à un rôle communautaire de l’édifice afin de rassembler les populations et rendre la justice.
L’abside ne déroge pas à la règle du rythme des arcatures aveugles reposant sur des modillons. On reconnait la silhouette d’un homme et d’une femme, deux oiseaux affrontés, deux mains et des motifs géométriques. Dans le bandeau de l’abside, des pierres sculptées en très léger relief pourraient être repris d’un édifice antérieur selon G. Moracchini-Mazel.
L’intérieur de l’édifice offre peu de décor sculpté. A la fin du XVe siècle, l’abside fut ornée de fresques. On reconnait l’annonciation disposée sur l’arc triomphal : d’un côté l’ange Gabriel et de l’autre la Vierge Marie et en dessous des fragments d’un saint.
Outre la Trinité d’Aregno, de nombreuses comparaisons peuvent être faites notamment avec les thèmes ornementaux de l’église de Cambia, la cathédrale du Nebbio, celle de Mariana, Santa Maria à Figaniella et de Santo Piero di Tenda. Par ailleurs, aussi bien l’architecture que les décors renvoient à des savoir-faire de maçons itinérants qualifiés qui ont supervisé plusieurs chantiers d’églises de Pise ou de Sardaigne notamment.