Historique de la cathédrale Sainte-Marie et de ses transformations
Les grandes orgues de la Maison Serassi de Bergame se trouvent dans la cathédrale Sainte-Marie, un des édifices religieux les plus prestigieux de Corse, dont l’histoire débute en 1489, date des premiers travaux de la construction primitive : l’église Santa Maria della Consolazione ou Santa Maria del Soccorso. L’implantation au sol est très modeste avec 8,65 m x 6 m, mais elle est agrandie par l’adjonction de chapelles latérales durant tout le XVIe siècle. Non encore achevée en 1495, elle accède pourtant à ce moment-là au rang d’église cathédrale du diocèse de Mariana. Elle est terminée en 1512, mais il reste encore des travaux à effectuer à l’intérieur.
En 1563, la cathédrale est en mauvais état suite à une période difficile de guerre avec la France. Vingt ans plus tard, des travaux urgents sont nécessaires. Une nouvelle cathédrale est construite dès 1604, et l’ancienne est démolie vers 1606. Elle est achevée en 1625 et consacrée le 17 juillet de la même année.
Description architecturale de la cathédrale
La cathédrale se présente sous la forme d’un édifice à trois vaisseaux de cinq travées sous le vocable de Sainte-Marie. La voûte centrale est en berceau, les vaisseaux latéraux sont voûtés d’arêtes, le tout reposant sur des arcades à pilastres ; le plan du chœur est en hémicycle et les deux chevets latéraux sont plats. Elle compte aujourd’hui neuf chapelles latérales :
- A gauche en entrant : autel de saint Martin et saint Isidore le laboureur, autel de sainte Anne et saint Charles Borromée, autel de la Crucifixion puis la chapelle du Saint-Sacrement en tête du collatéral gauche.
- A droite en entrant : le baptistère, l’autel de Notre-Dame du Mont-Carmel, la chapelle de l’Assomption, l’autel des âmes du Purgatoire puis la chapelle de Notre-Dame du Rosaire en tête du collatéral droit.
Modifications de la façade et influences baroques
La façade principale a connu des modifications. Initialement, elle est divisée en trois travées par de grands pilastres qui réunissent les deux premiers niveaux de percements. Les deux portes latérales sont surmontées de grandes niches à statues et la porte centrale d’une fenêtre rectangulaire. Un troisième niveau, plus étroit, est coiffé d’un pseudo fronton triangulaire. Le dernier niveau est relié aux étages inférieurs par deux grandes volutes.
Cette façade baroque a été remaniée vraisemblablement dès la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les percements du deuxième niveau sont supprimés. Les volutes latérales sont remplacées par des surfaces murales cantonnées de pilastres surmontés de frontons triangulaires et animées en leur centre de niches à statues. La façade est restaurée en 1937 puis en 1998.
Les premiers orgues de la cathédrale
L’ancienne cathédrale Santa Maria della Consolazione a été vraisemblablement la première à recevoir un orgue. Nous apprenons par un acte notarié que la somme de cinquante écus a été léguée par un riche épicier bastiais le 28 mars 1560 pour la construction d’un orgue de cinq pieds et demi et de six registres.
Restauration et remplacement des orgues au XVIIe et XVIIIe siècles
Suite à la reconstruction de l’église, en 1619, on dote l’édifice d’un nouvel orgue pour lequel ont été récupérés des tuyaux, le clavier, le pédalier et les trois soufflets de l’instrument précédent. En 1636, l’orgue, dégradé, est restauré et modifié. En 1661, suite à un incendie causé par la foudre, l’orgue s’écroule au sol. Il est déclaré ruiné en 1687 puis réparé.
Au XVIIIe siècle, le vieil instrument est entretenu et maintenu en état de fonctionnement, mais il faudra attendre 1818 pour que les frères Giovanni et Federico Crudeli le restaurent.
Installation de l’orgue Serassi et son impact
Finalement, c’est en 1842 que la décision de remplacer le vieil orgue est prise. Jugé trop archaïque, il est vendu à la commune de Piedicroce (Castagniccia) puis installé dans l’église paroissiale par un facteur d’orgue d’origine corse, Anton Petro Saladini de Speloncato.
La cathédrale de Bastia passe commande d’un tout nouvel instrument à l’une des plus prestigieuses entreprises : La Ditta Serassi de Bergame. D’un prix de 30 000 francs, le paiement s’échelonne jusqu’en 1865 alors qu’il est achevé en 1844 et inauguré le 19 janvier 1845 par Francesco Pezzoli venu tout spécialement de Bergame pour la circonstance. Il s’agit d’un orgue monumental, le premier installé en Corse, qui dispose de 72 jeux, 2 600 tuyaux et 2 claviers.
Constructions et rénovations ultérieures
Au même moment, en 1844, est construit le majestueux ensemble de style néoclassique constitué par le tambour d’entrée, la tribune d’orgue et le buffet d’orgue. On doit cette construction à Ferdinando Magagnini, architecte, décorateur et ébéniste de renom, au frais d’Antoine-Sébastien Lazarotti, riche notable et maire de la ville de Bastia de 1843 à 1848.
Entretien et réparations régulières de l’orgue
Plusieurs correspondances font état d’un entretien régulier de l’instrument : contrat annuel, nettoyage mais aussi réparations. En 1885, Serassi revient pour confier à l’organiste Suzzoni un manuscrit de 17 pages qui est un véritable mode d’emploi de l’orgue sur la façon de jouer et d’utiliser cet instrument. Toutefois, plusieurs réparations seront encore nécessaires en 1888 puis en 1935. En septembre 1943, l’explosion d’un dépôt de munitions endommage fortement l’instrument. Réparé à ce moment-là puis en 1948, il est finalement restauré en 1962.