Histoire et évolution de la façade de l’oratoire de la Conception
Fondé en 1590, la façade primitive de l’oratoire de la Conception est très modeste. Seul un enduit recouvre l’appareillage du mur. La porte centrale est encadrée de marbre fin (en 1660) et surmontée d’un oculus (grande baie circulaire) permettant d’éclairer la nef. En 1704, la façade est dotée d’un riche portail sculpté en marbre de Carrare de style baroque qui combine courbes et contre-courbes, mêlant volutes, coquilles, cartouches, guirlandes qui viennent en opposition aux lignes droites des pieds-droits, linteau et entablements moulurés. Un grand cartouche baroque porte la date de 1704 et une inscription évoque la Vierge de l’Immaculée Conception dont une figuration en bas-relief prend place dans un édicule.
L’enduit de la façade va faire place à plusieurs restaurations jusqu’en 1859 où des blocs de marbre sont mis en place tandis que le portail est restauré. L’apposition des blocs de marbre renvoie à un style néoclassique en vigueur sous le Second-Empire, tandis que les guirlandes de feuillages, festonnées de part et d’autre de monumentales têtes d’angelots, sont inspirées de la Renaissance italienne.
Les intérieurs et les travaux décoratifs
En pénétrant dans l’édifice religieux, nous sommes surpris et impressionnés par les damas, du vermillon au bordeaux, qui recouvrent les murs et par les velours de Gênes qui revêtent les pilastres. Cette ambiance feutrée et luxueuse est due à la volonté de la République de Gênes d’encourager l’industrie textile. Ces velours sont restaurés en 1791-1792 puis remplacés en 1800-1801. Certaines étoffes ont des dessins chargés (arabesques) tandis que d’autres sont plus simples. Les velours des pilastres sont toujours ceux de 1801, d’autres ont été refaits en 1971.
Travaux d’architecture et décorations baroques
Suite à l’effondrement de la voûte en 1609, des travaux sont repris jusqu’en 1611 puis en 1618 des stucateurs vont réaliser les enduits intérieurs, les pilastres cannelés, les chapiteaux corinthiens, le médaillon central et les moulures qui ornent la voûte, les corniches, les frises et architraves, etc. Ces stucs seront dorés en 1806-1807.
Peintures et fresques de la voûte
Les peintures de la voûte regorgent d’élégance, de variété et la profondeur de la composition en font un exemple des plus remarquables de la ville de Bastia. Parmi les décors les plus anciens, il faut retenir celui du médaillon central peint en 1618. Les peintures furent rénovées en 1855 et 1884 en suivant en partie le décor ancien, dont les grands personnages incarnant les prophètes de l’Ancien Testament qui se trouvent de part et d’autre de la nef.
Le maître-autel et son évolution
Le maître-autel, remanié et modifié à plusieurs reprises, présente encore les aspects classiques de la Renaissance dont le retable daté de 1624 (stylobates, colonnes, entablement, fronton, statue de couronnement). L’autel a été totalement refait en 1763 et présente tous les aspects du style baroque, témoignant de l’enrichissement de la chapelle pendant le XVIIIe siècle. Il fut restauré en 1804-1805 ; le retable fut vraisemblablement surélevé à ce moment-là de 2,18 m. C’est en 1843-1844 que le maître-autel est déplacé.
Les chapelles et leurs éléments remarquables
En 1701 et 1704, deux petites chapelles (autel du Crucifix et autel de Saint-Joseph) sont créées dans l’épaisseur des murs de la nef. La chapelle de droite (autel du Crucifix) se distingue notamment par la présence d’un panneau peint de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe siècle figurant le Christ montant au calvaire. La dichotomie chronologique de ce panneau avec la construction de l’oratoire plaiderait pour un remploi soit de l’ancienne église Saint-Nicolas soit de l’église de Belgodere (un village détruit au XVIe siècle).
Les stalles et le mobilier du XVIIIe siècle
Les stalles de noyer, sculptées et cirées, ont fait l’objet de plusieurs campagnes durant tout le XVIIIe siècle jusque dans les années 1801-1805. Des restaurations interviennent en 1842-1843.
Lustres et lampes de sanctuaire
On ne peut échapper à la présence des lustres installés dans le courant de la première moitié du XIXe siècle : deux grands lustres (12 branches) éclairent le chœur et six petits (6 branches) éclairent la nef. Observons également les lampes de sanctuaire qui sont des lampes à huile en tôle d’argent exécutées en 1763 à Gênes.