Le groupe sculpté « Le martyre de saint Barthélémy », communément appelé « châsse saint Barthélémy (San Bartolu) », représente le martyr du saint écorché vif par ses bourreaux. L’apôtre est communément caractérisé par la dépouille de sa propre peau, ses attributs sont le poignard, la peau écorchée (ou peau de bête) et le livre. Il passe pour avoir évangélisé l’Arabie, la Mésopotamie, pour être allé jusqu’aux Indes et pour avoir subi le martyre, écorché vif en Arménie. Le roi, selon la« Légende dorée » de Jacques de Voragine, décide de l’écorcher vif puis de le crucifier. Cela lui vaut d’être le patron des métiers en rapport avec le cuir (bouchers, tanneurs, gantiers, relieurs…), riches corporations qui ont souvent offert des œuvres le représentant.
Le groupe sculpté de l’église Saint-Dominique représente l’apôtre dont le bras gauche et la jambe droite sont écorchés à vif ; la peau est décollée des membres. Le regard est porté aux cieux tandis que deux angelots couronnent l’œuvre. Ses bourreaux sont au nombre de quatre : un cavalier tenant un sabre, un est armé d’un couteau, un autre tient en laisse un chien dont les crocs sont bien visibles et le quatrième le défie du regard. La scène est rythmée par les quatre personnages qui entourent le saint dont la blancheur du corps contraste avec l’aspect sanguinolent de ses membres. Le regard tourné vers le ciel, les angelots l’accompagnent dans sa douleur. A contrario, les bourreaux regorgent de luminosité de par la coloration et les dorures des vêtements, des drapés et des coiffes. Le réalisme est exacerbé par une mise en scène théâtralisée. Tout ceci est accentué par la présence des animaux dont les membres semblent en action. Cette allusion à la souffrance et à la barbarie, transmise par les expressions des visages, renvoie à l’intensité dramatique de la scène.
Le groupe sculpté qui représente le martyr de saint Barthélemy – san Bartolu est la fierté de la confrérie du même nom qui rassemblait les maçons, tailleurs de pierre et autres bâtisseurs de la cité. Il s’agit de la « châsse » (terme inadéquat qui désigne normalement un reliquaire) la plus imposante de Bonifacio par son poids et par sa qualité puisque trois ou quatre équipes de six porteurs sont nécessaires à son transport lors des processions.
On pense qu’elle est l’œuvre du plus remarquable sculpteur génois Anton Maria Maragliano (1689-1765) qui réalisa de nombreux groupes processionnels. Au XVIIIe siècle, cette confrérie qui regroupait principalement des éleveurs de bétail, des bouchers et diverses professions qui travaillaient ou vendaient des cuirs, était assez prospère pour faire appel à cet artiste. Ils sont vêtus d’une aube blanche (longue robe liturgique) et d’un camail (pièce d’étoffe portée sur les épaules) rouge brodé au fil doré pour les prieurs et sous prieurs.
En état particulièrement sensible, la « châsse » saint Barthélémy a fait l’objet d’une restauration entre novembre 2011 et février 2012 sur place par Maria Teresa Donetti et Renato Boï. Cette dernière rentre dans le cadre de la politique patrimoniale de conservation et de mise en valeur des monuments historiques de la ville de Bonifacio. La restauration était devenue une urgence, car le bois était attaqué par différents insectes et les peintures ou enduits, accumulés au cours des siècles, avaient masqué la polychromie d’origine. Les yeux de verre des personnages étaient cassés ou avaient disparu. Les couteaux et autres armes tranchantes avaient été remplacés par des armes récentes inadaptées aux personnages orientaux qui les brandissent.
- Matière :
Bois taillé peint, polychrome et doré
- Technique :
Sculpture (groupe relié)
- Mesures :
2.5 m de hauteur x 2 m de longueur. Poids estimé : 800 kg. Poids estimé : 800 kg