Glacière dite Nivera Nova

Glacière de la première moitié du XVIIe siècle exploitée en vue de la production de glace pour la notabilité bastiaise et les cafetiers de Bastia. Cessation de l’activité à la fin du XIXe siècle.

Commune

Ville-di-Petrabugno - E Ville di Petrabugnu (Haute-Corse)

À savoir

Propriétaire

Commune de Ville-di-Petrabugno

Lieu-Dit

Bocca Pruna – Nevera nuova

Emplacement actuel

Sur les hauteurs de la commune de Ville-di-Petrabugno, à la croisée de plusieurs chemins sur le massif de a Serra di Pignu sur un large plateau.

Localisation

X : 1225,767
Y : 6201,860
Z : 590 m

Hiérarchie et date de protection

Inscription au titre des Monuments Historiques le 9 janvier 2018

Domaine

Patrimoine bâti

Mots clés

Sources

  • Ciavatti (2017) : CIAVATTI J.-C., Haute-Corse, Ville-di-Petrabugno, Glacière de Nivera Nova, Dossier de protection, Dossier documentaire, Conseil des sites du 06 octobre 2017, Direction du Patrimoine, Collectivité de Corse, 18 p.
  • www.pop.culture.gouv.fr

La construction de la glacière nevera nova remonte vraisemblablement aux premières décennies du XVIIe siècle (1632) par Girolama (ou Geronimo) Martinetti, un notable bastiais, comme l’attestent divers documents d’archives. Cette glacière est distante d’un kilomètre d’une autre, de plan identique et vraisemblablement contemporaine, appelée nivera vechja.

L’édifice, de plan allongé, est construit en moellons de schiste liés au mortier de terre et partiellement enduit à la chaux. Les deux ouvertures permettant d’accéder à l’intérieur du bâtiment sont percées sur l’élévation nord-ouest et étaient couvertes à l’origine d’un linteau de bois (aujourd’hui disparu) surmonté d’un arc de décharge appareillé en claveaux de schiste. Une ouverture tardive a été percée maladroitement sur l’élévation sud-est. L’espace intérieur est formé d’un vaisseau voûté en berceau dont les extrémités sont voûtées en cul-de-four. L’ensemble des voûtes est soutenu par un arc doubleau transversal et deux arcades longitudinales reposant sur un pilier central. A l’intérieur, deux imposants puits à neige de six mètres de diamètre sont creusés sur une profondeur d’environ dix mètres. Les puits ont été comblés partiellement, par des gravats et divers matériaux, depuis l’abandon de la glacière à la fin du XIXe siècle. Le toit à longs pans et croupes rondes est couvert de lauzes.

La neige, récoltée aux alentours de la glacière, y était stockée par couche de 50 centimètres puis transformée en glace par damage et séparée par un lit de branchage. Elle était conservée jusqu’à la saison chaude dans les deux grands puits à neige creusés à l’intérieur du bâtiment. Les balles de glace de 65 kg étaient transportées à Bastia à dos d’ânes ou de mulets et vendues aux commerçants, aux notables de la ville et aux hôpitaux.

Au XVIIe siècle, c’est le gouverneur génois qui choisit un fermier en charge de ces missions. Si les conditions n’étaient pas tenues, il s’exposait à de fortes amendes et pouvait même perdre l’autorisation d’exploitation. On apprend notamment qu’en 1766, la glacière est louée à un cafetier bastiais pour une durée de deux ans. Il avait à sa charge l’entretien du bâtiment et devait payer 150 lires par an, loyer non demandé s’il ne tombait pas de neige pendant les deux ans ! Le gouverneur de l’île se réservait, au moment du contrat d’affermage, une quantité importante de neige pour son usage personnel.

La documentation d’archives a permis de mettre en lumière les usages anciens de la glace. L’utilisation était multiple, depuis la conservation des aliments, la thérapeutique (pour faire baisser les fièvres) mais également pour rafraîchir les boissons. Au XIXe siècle, la glace produite était principalement utilisée par les cafetiers-limonadiers de la ville, notamment pour la réalisation des sorbets (fruits glacés).

L’exploitation cesse à la fin du XIXe siècle suite à la mise au point d’un procédé de réfrigération artificiel par l’ingénieur allemand Carl Von Linde en 1871. Ce système sera installé à Bastia en 1879  à proximité de l’abreuvoir du Fango. Très vite, les anciennes glacières deviennent obsolètes et la nivera nova est vendue en 1881. Elle est utilisée depuis comme remise agricole et bergerie. Il est important de signaler que la nivera n’a pas subi de remaniement notable ayant entraîné une quelconque modification de sa structure.